Élève de Gros, le peintre Jean-François Gigoux fut aussi un lithographe célèbre et le pionnier de l'illustration romantique ; dans son atelier, il forma de nombreux disciples, qui comprirent la leçon d'une double carrière : de peintre au Salon, d'illustrateur dans la presse et le livre.
Gigoux est en effet l'un des premiers artistes à avoir pris conscience de l'avenir du métier d'illustrateur, développement duquel il contribua. Non seulement ses portraits lithographiés (de Scott, de Vigny, de Delaroche, de Delacroix, des frères Johannot...) dans L'Artiste connurent un grand succès et influencèrent ceux d'Achille Devéria, mais surtout c'est lui qui donne le coup d'envoi du livre romantique, véritable « musée d'images » illustrant les chefs-d'œuvre de la littérature universelle, lorsqu'il fournit les 600 dessins gravés sur bois, dans le texte, du Gil Blas (Paulin, 1835), en se faisant aider de ses élèves (comme Français, dessinateur des lettrines du volume, dont les dessins préparatoires sont conservés à Plombières-les-Bains). Cette formule originale d'édition vendue par livraisons connut un immense succès, et le livre fut tiré à plus de 15 000 exemplaires, opération lucrative dans laquelle le peintre gagna 50 000 francs. Évoquant ce travail dans Causeries sur les artistes de mon temps, il raconte comment la formule connut un succès imprévu et comment l'éditeur y répondit : en complétant la commande initiale de 100 dessins par une nouvelle commande de 300 dessins et par une dernière de 200 dessins. Plusieurs mois durant, alors qu'il consacrait ses journées à peindre pour le Salon de 1835 Les Derniers Moments de Léonard de Vinci, Gigoux passa ses soirées à fournir les dessins de ce long « feuilleton » qu'il émaillait de croquis rapides, et stylisés, pour éviter d'accabler les graveurs qui ployaient sous la tâche. Ainsi contribua-t-il, après Devéria et Johannot, à l'invention de la vignette romantique, véritable tableau en miniature soumis à l'imagination du lecteur.
Ségolène LE MEN
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