Dans l'histoire de l'Asie, le Japon occupe une place particulière du fait de son insularité. On l'a souvent comparée à celle de l'Angleterre dans l'histoire de l'Europe. Mais cette similitude géographique ne doit pas masquer les dissemblances qui, de fait, ont donné au Japon l'élément essentiel de son originalité et le caractère spécifique de son évolution historique.
L'Angleterre, face à l'Europe, y trouvait des partenaires ou des adversaires d'un niveau politique et économique comparable ; au début de son existence, les grandes puissances civilisatrices d'Occident, la Grèce et Rome, elles-mêmes héritières des grands empires de l'Orient ancien, avaient tout perdu de leur antique rayonnement. Le Japon au contraire, à l'aube de son histoire, a en face de lui une Chine en pleine gloire, celle des dynasties Han (iiie s. av.-iiie s. apr. J.-C.), que relaiera celle encore plus éclatante des Tang (viie-xe s.), auxquelles succéderont toutes les puissantes dynasties qui illustrent l'histoire chinoise. Tel est son unique partenaire historique, peut-on dire : une Chine très civilisée, homogène et massive, dont il sentira constamment le poids. Ombre pesante, certes, mais aussi génératrice de culture et de bienfait ; jusqu'aux temps modernes, le Japon n'a cessé de révérer son voisin et de reconnaître ses dettes envers lui.
Le décalage des niveaux culturels a été rendu plus sensible encore par l'insularité : point ici, comme ailleurs sur le continent, d'infiltrations étrangères, anonymes et continues, qui modifient insensiblement le développement des cultures, mais, chaque fois, la connaissance ressentie de l'origine des emprunts. Pas plus qu'un autre pays, le Japon n'a copié ses voisins ; mais, plus qu'aucun autre pays, il a eu conscience de la nature de ses emprunts et, par là même, de la nature de ses propres éléments ; c'est la ligne de partage des composantes qui est simplement reconnue et, de ce fait, plus nette qu'ailleurs. Averti donc des influences qu'il subissait, le Japon a peut-être eu un […]
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