Dans toutes les sociétés connues, l'inceste est prohibé, et l'infraction à la règle sévèrement châtiée : l'interdiction, pour un homme, d'avoir des relations sexuelles avec de proches parentes, apparaît comme une loi universelle, et par conséquent liée à la nature humaine elle-même. Le contenu de la prohibition varie cependant selon les sociétés, et vise des catégories de parentes différentes. La règle est donc fixée par la culture, et tient de la culture son caractère coercitif. Comment la prohibition de l'inceste peut-elle présenter simultanément les caractères universels des lois de la nature et les traits particuliers des règles de la culture ? Il faut – par-delà les idées et les généralisations courantes – établir d'abord les faits, et enregistrer les régularités observables : à quelques exceptions près, fort significatives il est vrai, comme l'Égypte antique, le mariage avec les parentes composant la même famille nucléaire qu'Ego est universellement prohibé. Quant d'autres parentes sont interdites, elles sont dans la nomenclature de la parenté considérées comme la mère, la sœur ou la fille. La fonction de la prohibition de l'inceste se manifeste ainsi : en interdisant à l'homme de prendre pour femme ses parentes les plus proches, elles le contraignent à entrer en communication avec d'autres unités que celles dont il est issu. La prohibition n'est donc que le côté négatif d'une règle positive, qui institue entre les unités sociales circulation et échange. Règle universelle, la prohibition de l'inceste est la démarche fondamentale par quoi s'accomplit le passage de la nature à la culture.
On traitera ce problème en examinant, d'abord, les idées et les généralisations auxquelles il a donné matière. Il faudra, ensuite, établir soigneusement les faits et discerner les régularités observables dans l'univers des cultures. On pourra, enfin, proposer des explications, en distinguant deux types de sociétés, selon que le système de parenté est de structure élémentaire ou complexe.
1. Approches et généralisations
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