3. Bilan d'une civilisation
• Roi et société
De même que la plupart des autres anciennes monarchies orientales, la monarchie hittite est absolue. Il est certain, néanmoins, qu'au début de l'ancien empire, la « Grande Famille » – la noblesse : c'est-à-dire l'ensemble de la tribu ou de la caste d'où est issu le roi – n'entendait que son intérêt et n'hésitait pas à outre-passer les volontés royales, surtout dans le cas d'une succession qui pouvait lui paraître litigieuse. On comprend dès lors qu'Hattousil Ier, anticipant les recommandations de Télépinou, ait déjà pu enjoindre la classe dirigeante, les « grands », à « rester unis comme une bande de loups ». Jusqu'au règlement des problèmes de succession dans la famille royale par Télépinou, devient roi celui qui, dans la « tribu », saura le premier se débarrasser de ses adversaires. Ces problèmes ne se posent plus ensuite.
Le roi est le représentant de dieu sur terre ; il en est le vicaire, mais ce statut ne lui confère point de nature particulière : il reste un homme, ce que les rois se sont complu à reconnaître. Néanmoins, de par ses fonctions, c'est un être exceptionnel et, dès la plus haute époque, dès la royauté d'Anitta, dès le règne de Hattousil Ier, le roi est « aimé » d'un dieu, sans qu'il soit possible de préciser pourquoi un tel sera « aimé du dieu de l'Orage », tel autre de la déesse solaire, tel autre de la déesse Ishtar de Samouha, comme ce fut le cas de Hattousil III, sinon que des circonstances particulières à la vie de tel ou tel prince qui accède à la royauté, après avoir occupé des fonctions religieuses – fonctions qui semblent faire partie du cursus honorum des princes hittites – en aient fait l'oblat de telle divinité.
Avant tout, le roi est le prêtre des dieux. Les innombrables prêtres qui officient dans les temples, et dont les fonctions sont rigoureusement définies, ne sont probablement, comme ce fut le cas dans l'Égypte pharaonique, que les remplaçants du roi. Les devoirs religieux du roi l'emportent de […]
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