Entrer dans Grenoble, c'est entrer dans les Alpes. À 212 mètres d'altitude, sous des cimes culminant entre 2 000 et 3 000 mètres, les 560 000 habitants de l'agglomération grenobloise (estimations de 2005) occupent le site réputé le plus plat de France, bien qu'exceptionnel pour ce qu'il donne à voir. Car, au bout de chaque rue, la perspective rappelle qu'ici, depuis près de deux millénaires, la ville a pour cadre et matrice la montagne. C'est pour des raisons purement géostratégiques que les Romains y ont fondé une place de contrôle du sillon alpin et des routes transalpines, close d'un premier rempart à la fin du iiie siècle. Pendant longtemps, il faudra défendre cette place des eaux de l'Isère, du Drac et de leurs torrentueux affluents, l'Arc et la Romanche.
Bourgade médiévale insignifiante avec ses 9 hectares, son unique pont, ses deux mille habitants tout au plus, sa dizaine de rues, Grenoble entre vraiment dans l'histoire en supplantant Vienne comme capitale du Dauphiné, une fois ce comté rattaché au royaume de France (1349), dont elle devient la troisième ville de Parlement. Mais il faut encore attendre la fin des guerres de Religion et la conquête de la place par le connétable Lesdiguières, lieutenant général d'Henri IV, pour que s'ouvre une première phase de croissance. La ville double sa superficie et s'enferme dans un puissant système de défense, confirmant ainsi sa vocation première. Ce second rempart, aujourd'hui disparu, marque toujours la limite des quartiers anciens. Si Grenoble s'enorgueillit d'être la ville provinciale la plus embellie sous Louis XIII, c'est manière de reconnaître la grande faiblesse de l'âge classique qui suit. Ville de garnison, face à la Savoie, aux fonctions essentiellement administratives et religieuses, elle ne compte encore que 25 000 habitants à la veille de la Révolution française qui y commence par la fronde du Parlement. Doté d'un passé modeste, pour ne pas dire médiocre, Grenoble n'est que la vingt-huitième ville de France en 1851. Elle s'engage al […]
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