2. L'évolution du style de la musique d'église
Il est préférable de parler d'évolution plutôt que de révolution à propos des changements survenus dans la musique sacrée au temps de Palestrina. On a certes surestimé l'importance du concile de Trente (1545-1563) à ce propos. En fait, l'autorité ecclésiastique s'était émue de certains abus : l'usage de chansons profanes comme cantus firmus, l'abondance des éléments purement décoratifs et l'étalage de science gratuite de la part de musiciens plus soucieux de briller que de servir Dieu. À cet égard, le concile confirma les recommandations du pape Marcel aux chanteurs de la Sixtine. Après la clôture du concile, des commissions spécialisées eurent la charge de veiller à l'application des décrets. Les cardinaux Charles Borromée et Vitelli notamment supervisèrent l'administration de la chapelle pontificale et invitèrent les chanteurs à exécuter devant eux des messes conformes au nouvel idéal. Palestrina ayant été le premier à appliquer les consignes, son style devint le style officiel de l'Église romaine.
En 1577, le pape Grégoire XIII chargea Palestrina et Annibale Zoilo de réviser le chant liturgique grégorien, afin que les missels et bréviaires soient purgés de tous « barbarismes, obscurités, contradictions et superfluités ». Trop habitués à utiliser les mélodies grégoriennes comme matière première de leurs constructions polyphoniques, les deux musiciens se laissèrent entraîner par leur zèle au point d'élaguer outre mesure les antiques cantilènes. Certains spécialistes s'en émurent et un mémoire de protestation fut remis au pape, appuyé par le roi d'Espagne Philippe II. Palestrina abandonna sagement cette entreprise hasardeuse pour revenir à la composition.
La véritable importance de Palestrina ressort de l'étude de son œuvre et, plus particulièrement, de ses messes polyphoniques, forme qu'il a traitée plus de cent fois.
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