3. La messe palestrinienne
Palestrina avait d'abord subi l'influence des maîtres franco-flamands et avait pratiquement assimilé leur technique. Il la domina bientôt avec aisance, transcendant les procédés d'écriture, pour atteindre à un style fluide, clair et bien ordonné. Ses dons mélodiques naturels, une liberté rythmique issue de la fréquentation assidue des cantilènes grégoriennes, une harmonie fondée sur les accords parfaits, enrichis de notes de passage, retards et autres broderies qui lui confèrent une allure moderne tendant vers le mode majeur classique, enfin et surtout un sens aigu de ce que l'on peut appeler « l'orchestration vocale », c'est-à-dire une judicieuse répartition des voix solistes et des masses chorales (effets de « registration » analogues à ceux des organistes), tout concourt à faire de la messe palestrinienne le modèle achevé de la forme polyphonique.
D'une façon générale, les messes de Palestrina obéissent au schéma suivant : un Kyrie lyrique, dont la souple écriture reste fidèle aux principes de l'ancienne école ; un Gloria triomphant, avec des effets de contraste et de longs passages homophones ; un Credo, épuré de tout élément ornemental superflu (ici la déclamation syllabique propice à l'intelligibilité du texte prévaut dans l'ensemble du morceau, seul l'Amen final voyant se déployer d'amples vocalises) ; un Sanctus puissant et joyeux, où, dit Raugel, « le fleuve de la polyphonie coule à pleins bords » ; un Benedictus recueilli, le plus souvent confié aux seules voix aiguës ; un Agnus suave avec un second Agnus, conforme à l'ancien usage des Flamands qui y faisaient volontiers étalage de leur science contrapuntique en réalisant des canons énigmatiques.
Certains sommets émergent de cette « production fleuve ». Les messes du premier livre (Ecce sacerdos magnus ; L'Homme armé ; Repleatur os meum ; Ad fugam) s'apparentent encore au vieux style et se soumettent au principe du cantus firmus.
Mais, dès la Messe du pape Marcel, à six voix, les conceptions purement pal […]
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