2. La « Scienza nuova » et ses principes
« Le monde civil est certainement l'œuvre des hommes, et, par conséquent, on doit pouvoir en trouver les principes dans les modifications de notre esprit humain lui-même. » Cette affirmation, sur laquelle repose la « science nouvelle » que Vico veut instaurer, ouvre à la philosophie le monde de l'histoire, abandonné jusque-là à la curiosité des « antiquaires ». A la conception statique d'une nature humaine éternelle doit être substituée l'idée d'une nature humaine en devenir. La raison « pleinement développée » n'est que l'aboutissement d'une évolution dont les premières étapes sont caractérisées par la prédominance de la sensibilité et de l'imagination. De la même façon, la civilisation prend ses racines dans la barbarie. Il ne faut donc pas rationaliser a posteriori les origines mais décrypter le langage « poétique » dans lequel elles s'expriment. Philologie et philosophie, selon Vico, s'éclairent réciproquement.
Une « histoire idéale éternelle », aussi paradoxal qu'apparaisse le rapprochement de ces termes, peut ainsi être constituée, qui permet de rendre compte de l'histoire réelle des nations, du « cours » (corso) que suivent les choses humaines. Ce corso est défini, donc limité. Quand il s'achève, il cède la place à un ricorso, identique au premier dans sa forme sinon dans son contenu. La postérité a fait à ce thème des corsi et des ricorsi un sort qui aurait étonné Vico. Bien moins que d'une rechute dans le naturalisme, il s'agit là, en effet, d'une affirmation inhérente à toute science prétendant énoncer des lois. De même, si la nécessité qui préside au processus historique se nomme, chez Vico, « Providence », il faut voir là, plutôt qu'un archaïsme, un aveu, à savoir que, immanent ou transcendant, le sens de l'histoire reste un postulat de la pensée.
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