La place de Vico est difficile à assigner. Longtemps ignoré ou méconnu, il n'a été réhabilité qu'au prix de bien des équivoques, et ce Jean-Baptiste semble condamné au rôle d'éternel « précurseur ». Précurseur de la philosophie romantique de l'histoire, précurseur de Hegel et du néo-hégélianisme, précurseur de la plupart des courants qui traversent la philosophie et les sciences humaines depuis le début du xixe siècle, il est un peu accablé sous le poids de rapprochements qui masquent plus qu'ils n'éclairent la signification et la portée de son œuvre. L'image romantique de l'isolé génial résiste mal à la patiente lecture des textes, et l'histoire des idées est en train de montrer que la Scienza nuova (« Science nouvelle ») n'est pas un météore apparu brusquement, au début du xviiie siècle. L'humanisme antique et renaissant, mais aussi la nouvelle science galiléenne, la tradition platonicienne et chrétienne, mais aussi l'épicurisme et le gassendisme, se retrouvent dans cette œuvre à l […]

