4. Érotisme et transgression
Autant que l'économie générale, l'histoire universelle ne saurait se concevoir qu'à condition de retrouver, dans l'intimité perdue du sujet, ce point extrême où l'ébullition du monde est « mon ébullition » : seule issue d'une expérience intérieure qui rend à la mystique athéologique la force d'affronter sans comédie ni nostalgie l'irrationnel et l'impossible. L'ardeur voluptueuse, la rage du désir – et cette solitude partagée où elles laissent – suffisent à le rappeler : « Le monde des amants n'est pas moins vrai que celui de la politique. Il absorbe même la totalité de l'existence, ce que la politique ne peut pas faire. » Aspiration fondamentale au néant, au sordide et à la saleté, retour en force de l'animalité en nous, l'érotisme est ce qui donne un sens complet à la transgression que l'absence de Dieu redouble. Autant qu'ils le peuvent, les interdits maintiennent le monde réglé par le travail, la vie attelée, à l'abri du désordre qu'introduisent la mort et la sexualité.
De ce point de vue, l'érotisme n'est pas seulement ce qui illumine : il est, dans la conscience de l'homme, ce qui met l'être en question. Il est le scandale de la pensée : « De l'érotisme, il est possible de dire qu'il est l'approbation de la vie jusque dans la mort. » Impossible de l'envisager hors du lien qui l'attache à l'histoire du travail et à celle des religions. On ne touche pas sans risque à cette intimité reculée et à l'expérience du dedans qu'elle éclaire. C'est le sens des derniers livres et de la figure effarante d'un Gilles de Rais perdu dans l'ivresse répétée du meurtre, abandonné par une religion dont il ne peut qu'aimer le faste et les chants à la folie. Ce sens n'est en rien différent, pour l'ambition ou le ton, de celui que portait Histoire de l'œil comme de l'excès de pureté où s'abîme Madame Edwarda. Il peut traduire jusqu'au bout, jusqu'à l'impossible, le silence et la mort inclus, « l'imperceptible colère du bonheur ».
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