3. De la guerre au Victorial
La guerre marque une étape importante dans la vie de D'Annunzio comme dans son œuvre. Cet esthète égocentriste, qui a tout sacrifié jusqu'alors à l'art, à l'amour, à l'exaltation de soi, ne va plus vivre que pour l'action.
Son rôle dans l'intervention de l'Italie aux côtés des Alliés relève de l'histoire : il est trop connu pour qu'il soit besoin d'y revenir, sinon pour rappeler, sur le plan littéraire, qu'il a inspiré, en français, l'Ode pour la résurrection latine et, en italien, les pages admirables de l'Envoi à la France (1916) – qui sert de postface à La Léda sans cygne et évoque la France meurtrie et ses champs de bataille au cours des deux premières années de la guerre – et les Discours de Quarto et du Capitole. Le poète a cinquante ans : avant qu'il décide de poursuivre à l'écart son labeur d'écrivain, sept ans s'écouleront, pendant lesquels il va lutter et combattre, « oser l'inosable », perdre son œil droit dans l'atterrissage de son avion et, « borgne voyant », repartir, braver sans répit la mort.
Sans la guerre, le plus indiscuté de ses chefs-d'œuvre, le Notturno (écrit en 1916), n'aurait pas été conçu. Une mystérieuse correspondance rapproche ce livre de la double méditation composée dans la solitude des Landes quatre ans auparavant, et pour laquelle le poète avait déjà trouvé le secret de cette prose harmonieuse et sobre portée ici à sa perfection.
Les années qui suivirent l'épopée de Fiume resteront les plus tragiques, osons dire les moins dignes de son existence : son nationalisme exacerbé, ses rêves impérialistes ne sont pas étrangers à l'avènement du fascisme, ni à ses excès. L'Italie d'aujourd'hui ne lui pardonne pas volontiers.
Dans la solitude du Victorial, voulue d'abord puis subie – car il n'est pas douteux qu'il devint assez tôt prisonnier du régime –, il n'a d'autre souhait que de reprendre son labeur d'écrivain et de publier celles de ses œuvres dont la guerre avait retardé l'achèvement : l'édition du Nocturne (1921), la réédition, non s […]
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