2. Le surhomme
Comme il s'était libéré, ou avait cru se libérer, de « la chimère de l'amour et de l'art », d'Annunzio va dépasser la religion tolstoïenne de la douleur et de la pitié. C'est dans la morale de Nietzsche qu'il puisera, avec le culte de la volonté et de l'héroïsme, un dynamisme qui le tire de son angoisse et dont il fait, dès lors, sa loi.
• Ses romans et son théâtre
Achevé sous le signe du surhomme, Trionfo della morte (Le Triomphe de la mort) n'en annonce encore que l'avènement : Giorgio Aurispa est un velléitaire, écrasé par son hérédité suicidaire et son pessimisme schopenhauerien, qui ne saurait atteindre à l'idéal de Zarathoustra. Le surhomme s'affirme avec Claudio Cantelmo, le protagoniste des Vergini delle rocce (Les Vierges aux rochers, 1895) et surtout avec Stelio Effrena et Paolo Tarsis, les héros d'Il Fuoco (Le Feu, 1899) et de Forse che sì, forse che no (Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, 1910) qui seront nietzschéens. Ils illustrent divers aspects du surhomme : sa sensualité, son orgueil, son esthétisme, ses dégoûts d'aristocrate, son amour du risque et son mépris de la mort. Sans se soucier de la progression du récit, le romancier s'attarde à telle description qui le séduit, à tel commentaire artistique ou musical dont il sait que la nouveauté frappera – et ce sont ces pages, toujours artistiquement achevées, que l'on recherche de préférence aujourd'hui : le commentaire brillant, sinon original, de « Tristan et Iseult » dans le Triomphe, par exemple, les jardins secrets du château des Cantelmo dans Les Vierges aux rochers ou les descriptions de Venise et de sa lagune dans Le Feu.
La Duse amènera D'Annunzio au théâtre et l'aidera à réaliser ses rêves sur la scène. Il a sa conception à lui du drame : rompre avec l'esprit bourgeois ; opposer, comme un Ibsen ou un Sudermann, à la morale commune la loi de l'homme qui renverse les obstacles pour aller à la découverte de sa vérité. Il rêve, comme Wagner, de renouveler la tragédie antique, dont Nietzsche avait analysé l'origine, mai […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



