De tous les impôts de l'Ancien Régime, la gabelle (impôt sur le sel) a été le plus honni. Mise au point par Philippe VI (ordonnances de 1341 et de 1343), elle ne cessa d'être perfectionnée jusqu'à la Révolution, qui l'abolit.
Le sel, denrée indispensable, était produit en un nombre limité d'endroits : le Cotentin, Brouage, les côtes charentaises, le littoral languedocien, l'Est (mines). Cette diversité dans l'approvisionnement, jointe aux difficultés des transports et aux différentes coutumes et franchises de provinces incorporées au royaume à des époques et à des conditions variables, eut pour résultat de partager la France en six circonscriptions où le prix de la livre de sel (488 g) allait, vers 1780, d'un denier à treize sols (156 deniers).
C'est ainsi que, dans les provinces frontalières du Nord et du Sud-Ouest ainsi qu'en Bretagne, la gabelle n'existait pas. Très faible dans le Cotentin, elle y était en fait un prélèvement de 25 p. 100 sur les producteurs, les 75 p. 100 restants faisant l'objet d'un commerce libre (régime du « quart-bouillon »). Il y avait aussi les pays rédimés (une partie du centre et du centre-ouest du royaume), où l'impôt était léger, de même que dans les « pays de salines » (Franche-Comté, Lorraine et Alsace). En revanche, dans les régions de « petite gabelle » (sud de la France), l'impôt était beaucoup plus lourd. C'est cependant dans le Bassin parisien qu'il était le plus pesant. Outre un prix excessif, il fallait supporter le temps passé à aller acheter le sel dans des « greniers à sel » souvent lointains et mal gérés, et acheter au moins, sous peine d'amende, une quantité minimale (sauf pour les pauvres).
La disparité des régimes de gabelle entraînait évidemment une contrebande universelle et, à tous les sens du terme, populaire. Malgré la férocité des gabelous chargés de réprimer cette contrebande, les faux sauniers (vendeurs de « faux » sel) ne disparurent qu'avec la gabelle.
Françoise MOYEN
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