Tour à tour « pointe » ou « bout » du monde, la Bretagne est un gigantesque quai situé près d'une des deux portes maritimes de l'Europe.
La région est caractérisée par une forme aisément reconnaissable. « La péninsule bretonne, lorsqu'on en suit la figuration sur la carte, présente un peu l'aspect d'un énorme mufle de bête, puissamment tendu vers les lointains atlantiques et dont la gueule entr'ouverte, formée par la rade de Brest et la baie de Douarnenez, darderait, comme une langue tricuspide, les trois pointes en croix de la presqu'île de Crozon » (Anatole Le Braz). Initialement appelée Arémorique ou Armorique (« pays en bordure de la mer »), la Bretagne est le pays paradoxal dans lequel la mer tient une place centrale. « Presqu'île ou plusqu'île », elle est en contact avec la mer sur trois façades, ce qui favorise son identification. Plus largement, son peuplement, son identité, la permanence dans l'histoire de certaines branches économiques procèdent d'un agencement subtil entre l'Armor (le pays de la mer) et l'Argoat (le pays des bois) et tient aux particularismes d'un territoire que Michelet qualifiait déjà « d'île continentale ».
Toutefois, la Bretagne est aussi concernée par de nombreuses mutations qui dépendent du degré d'ouverture de la société bretonne. Le terme même de Bretagne apparaît aux ve et vie siècles, à la faveur d'une mixité entre les populations gauloises de l'Armorique et les Bretons en provenance d'outre-Manche. Ses phases de prospérité (du xve siècle au xviiie siècle) ou de déclin (la période 1850-1950) apparaissent liées à l'intensité de ses échanges externes. Depuis 1950, époque à laquelle elle passait pour la région la plus reculée de France, elle a connu un développement extraordinaire qui en a parfois fait une région « modèle ». Certains évoquent même, dans les années 1990, un « miracle », et il est vrai que la Bretagne a plus évolué de 1950 à 2000 qu'en plusieurs siècles, même si, au début du xxie siècle, la péninsule est confrontée à de nouveaux défis.
1. Des permanences géog […]
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