Tout au long d'une carrière de plus de soixante ans, Ponge a donné l'exemple d'une démarche créatrice parfaitement indépendante et cependant toujours au cœur des préoccupations de ses contemporains ; d'une fidélité à soi qui n'a jamais exclu le mouvement ni l'évolution. Ayant anticipé quelques-unes des modes littéraires du siècle, il s'est laissé rejoindre, mais rarement enfermer par elles, préférant aux schémas simplificateurs qu'elles tentaient d'imposer des contradictions fécondes, conformes à son génie et à la complexité des enjeux de toute écriture. Il a pu ainsi échapper à toutes les réductions, et maintenir un heureux équilibre entre une pratique inventive et une réflexion rigoureuse. C'est ce qui lui vaut d'être aujourd'hui reconnu, en France et à l'étranger, comme l'une des figures majeures de la poésie du xxe siècle.
1. Un itinéraire exemplaire et original
Né à montpellier dans une famille protestante nîmoise, et ayant vécu son enfance à Avignon, Ponge dit avoir gardé de ses premières années une « double imprégnation », sensible et intellectuelle, au contact de la nature méditerranéenne et des monuments de la culture latine. Il a découvert très tôt dans la bibliothèque de son père le Littré, qui restera pour lui un instrument de travail privilégié. Après une scolarité secondaire classique au lycée Malherbe de Caen, il a entrepris à Paris des études supérieures, interrompues par un double échec à l'oral du concours de l'École normale supérieure et de la licence de philosophie. Il conçoit dès lors une certaine répulsion pour le langage des idées et de la communication, et s'adonne à partir de 1920 à une violente satire sociale et à une écriture virtuose et hermétique, notamment dans ses Douze Petits Écrits (1926). La mort de son père, en 1923, aggrave sa méfiance envers le langage, incapable d'exprimer les sentiments les plus intimes, et ouvre une crise affective et intellectuelle dont il ne sort qu'à partir de 1926 en se consacrant à l'évocation des choses les plus humbles, qui éloigne […]
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