André du Bouchet est unanimement reconnu comme un des plus importants poètes français de la seconde moitié du xxe siècle. Ses débuts coïncident avec le déclin du surréalisme, dont il rejette, avec d'autres, la dérive ésotériste et la fuite dans l'imaginaire. Il reconnaît chez Reverdy l'exemple d'une poésie qui affronte une « réalité rugueuse à étreindre » (Rimbaud), soustraite aux prises de l'imagination, de l'idéologie et du langage. C'est pourquoi il refusera aussi bien la littérature engagée des années 1950 que le formalisme des années 1960 et 1970.
De retour des États-Unis, où sa famille avait dû s'exiler pendant la guerre et où il a fait ses études, André du Bouchet commence à écrire en français pour « retrouver une relation perdue » avec le monde et avec une langue qui lui est devenue presque étrangère. Parallèlement à ses premiers recueils de poèmes (Air, 1951 ; Dans la chaleur vacante, 1961), il fait œuvre de critique littéraire et de traducteur, rendant hommage à ses maîtres (Reverdy, Baudelaire, Hugo), se confrontant aux textes anglais les plus difficiles (Shakespeare, Joyce, Faulkner) mais aussi à des langues qu'il maîtrise mal, comme l'allemand (Hölderlin, Celan) ou le russe (Pasternak, Mandelstam). Cette pratique singulière le dispose à percevoir les mots hors de leur signification codifiée, et dans toute leur épaisseur sensible. Elle lui permet de se risquer aux confins des possibilités expressives de la langue. du Bouchet engage aussi très tôt un dialogue qu'il n'a cessé d'approfondir avec des peintres amis ou élus, tels Giacometti, Tal Coat ou Bram Van Velde, qui illustreront certains de ses livres. Il fait sienne leur quête d'une intensité et d'une réalité élémentaires, qui échappent à toute représentation ou imitation.
Ces échanges féconds entre écriture, peinture, lecture et traduction ont trouvé dans la revue L'Éphémère, qu'il fonde en 1967 avec Yves Bonnefoy, Gaëtan Picon et Louis-René des Forêts, un lieu d'accueil et d'expression privilégié ; bien qu'elle s'arrête dès 1972, cette aventure a […]
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