Poète et critique d'art né à Privas (Ardèche), Jacques Dupin partage avec quelques-unes des voix poétiques majeures de sa génération — Yves Bonnefoy, André du Bouchet avec qui il fonda en 1967 la revue L'Éphémère — le souci, très marquant aujourd'hui, de rendre l'expérience poétique à sa vocation ontologique. Salué dès son premier recueil, Cendrier du voyage (1950), par René Char, Dupin s'est en effet distingué très tôt des poétiques issues du surréalisme par son refus des séductions de l'imaginaire autant que de l'intériorité subjective.
Partie du constat d'un « rapport excédant de l'homme et du réel », cette œuvre a cessé de s'affirmer comme une poésie d'expérience et de connaissance de la réalité dans son opacité irréductible aux catégories du langage. Fasciné, comme Char, par la puissance fécondante du négatif à l'œuvre dans la parole lapidaire d'Héraclite, Jacques Dupin a choisi d'emblée de s'établir dans le monde le moins habitable. Comme celui d'André du Bouchet, son paysage poétique est élémentaire, minéral, sans luxe de végétation. Ici nulle célébration lyrique des virtualités du sensible, mais un hérissement des réalités inassimilables pour exal […]
