3. Thèmes et poétique du fauvisme
Les fauves cultivèrent essentiellement le thème du paysage : Paris et ses environs, la Normandie, la Côte d'Azur, Anvers, Londres ; des vues très simples, rues sans pittoresque, ports et bords de mer ; pas de paysages fantastiques ou héroïques, des personnages réduits le plus souvent à des silhouettes ; quelques portraits d'amis, de rares natures mortes. Sauf chez Van Dongen et Rouault, presque jamais de figures.
Cette thématique prend son sens quand on la compare à celle d'autres mouvements : les nabis sont les peintres de l'intimité bourgeoise ; le cubisme se restreint, au moins chez Braque et chez Picasso, à quelques éléments familiers ou, avec Gleizes et Delaunay, réinvente de nouveaux sujets. En revanche, les thèmes des fauves sont pratiquement les mêmes que ceux des impressionnistes et sont porteurs d'une poésie assez voisine. Cette nature est une nature proche de l'homme, marquée par l'homme (sauf dans les visions cosmiques de Derain sur la Tamise), mais où l'individu n'existe pas. C'est, d'autre part, un cadre moderne avec ses maisons banales, ses bateaux à quai, ses péniches sur la Seine, ses promeneurs dans les rues. Seul Matisse représente quelquefois (Luxe, calme et volupté ; La Joie de vivre) un Éden intemporel, renouant profondément avec Poussin. Mais – et, sur ce point, ces quelques tableaux de Matisse ne font pas exception – tout le fauvisme est profondément chargé d'une poésie vitaliste, hédoniste et constitue une sorte d'hymne à la vie, à la lumière, à la joie de vivre païenne, qui le rapproche de l'impressionnisme et de Cross. Tout un courant de la littérature du temps participe de cet esprit dont la singularité apparaît mieux quand on compare le fauvisme à l'expressionnisme allemand où des thèmes voisins et des violences de couleurs encore plus brutales aboutissent à un art inquiet, chargé d'une réserve nostalgique, comme chez O. Müller, ou grimaçant comme chez Kirchner ou Nolde. C'est un des points où Rouault, qui insuffle à toute son œuvre une puissante signification spirituelle totalement étrangère à l'univers poétique d'un Matisse, se sépare le plus profondément du fauvisme.
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