André Derain est un homme plein de contradictions. Auteur de quelques-uns des chefs-d'œuvre les plus importants du fauvisme, il est aussi responsable de tableaux bien dépourvus d'invention ; novateur extrêmement hardi et, en même temps, homme délibérément tourné, et avec une sorte de passion, vers la tradition ; esprit intelligent et cultivé, il affecte en même temps un côté rustre.
Derain conquit très tôt la célébrité. Dès avant 1914, alors qu'il n'a pas trente ans, il est toujours en bonne place dans les expositions ou dans les publications consacrées à la peinture française d'avant-garde. Entre les deux guerres, il fait figure de chef de file de la peinture moderne et, dans le catalogue d'une exposition qui se tient aux États-Unis (Cincinnati) en 1930, la préface commence par cette déclaration significative : « Les critiques français et étrangers s'accordent à placer Derain parmi les trois ou quatre grands maîtres reconnus de l'art français contemporain. D'autres peintres français sont plus populaires, plus charmants ou plus spectaculaires, mais Derain est le classique de ce temps. Classicisme dans sa signification française n'implique aucune négation de modernité : Der […]
