2. Caractères du fauvisme
Le fauvisme, on le voit, n'est pas une école pourvue d'une doctrine. On ne saurait extraire une doctrine des quelques textes anciens écrits par les fauves, comme les Notes d'un peintre de Matisse, publiées en 1908 dans La Grande Revue et aussitôt traduites en allemand et en russe : suite d'observations d'une admirable lucidité, elles n'ont aucun caractère systématique ; encore moins des textes très vivants mais fort peu doctrinaires de Vlaminck ou des lettres de Derain. Le fauvisme est né de la réunion de tempéraments s'affirmant pendant quelques années dans une attitude artistique sinon identique, du moins très proche.
Le point commun le plus évident, celui qui heurta le plus les contemporains, est l'emploi de couleurs violentes ; certains paysages de Derain ou de Vlaminck, où la couleur est posée telle qu'elle sort du tube, atteignent un paroxysme absolu. Hurlements de vermillon, de jaune et de vert dans les Vue de Chatou de Vlaminck, gerbes de rouge et de bleu des Tamise de Derain, oranges et violacés de Matisse et de Manguin, la gamme des couleurs n'est pas la même chez tous ; il ne s'agit pas de violence gratuite, « pot de peinture jeté à la face du public », comme l'écrivait le malveillant Camille Mauclair, mais d'une volonté d'expression précédée, surtout chez Matisse, de sérieuses recherches qui doivent autant aux leçons de Gauguin qu'à l'exemple de Van Gogh. Dans certaines œuvres, la couleur est arbitraire et sans rapport avec les tons réels du sujet représenté. Dans d'autres cas, ils préfèrent chercher des sujets qui leur permettent d'utiliser des couleurs naturellement violentes ; c'est une des raisons du goût de Marquet, de Dufy, de Manguin pour les Rue pavoisée, les 14 Juillet, les panneaux d'affichages bariolés. Les fauves comptent parmi les premiers peintres à venir travailler régulièrement au soleil méditerranéen.
La couleur a pour eux une valeur expressive et constitue un langage chargé d'émotion ; ils l'utilisent aussi pour trad […]
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