3. Activité sociale contre fait social
La tradition allemande (Max Weber, Georg Simmel), il convient de le noter, ignore le concept de fait social. Son unité de connaissance est l'« activité sociale » (soziales Handeln), dirigée vers autrui et porteuse d'un sens particulier. Cette perspective, qui sous-tend une démarche dite « compréhensive » (qui cherche à mettre en évidence, au-delà des causes de l'activité en question, le sens qu'elle revêt pour ceux qu'elle concerne), s'oppose à la perspective positiviste de Durkheim, qui fonde une démarche de type explicatif.
Pour ceux qui estiment que les faits sociaux ne sont pas des choses, il importe de rendre aux actions humaines tout leur poids dans la constitution des phénomènes spécifiques que l'on rassemble sous l'appellation de « social ». À la chosification durkheimienne – qu'il faut avant tout, rappelons-le, comprendre comme une prescription méthodologique – s'oppose la conception constructionniste du social. Celle-ci se démarque de la volonté d'aligner la sociologie et ses disciplines sœurs sur les sciences de la nature. Selon elle, les sociétés sont avant tout des produits humains, et c'est ainsi qu'elles doivent être comprises, ce qui implique aussi que l'on s'intéresse aux processus qui président à leur production. Le grand sociologue allemand Georg Simmel (1858-1918), qui préféra recourir au concept de « sociation » (Vergesellchaftung) pour désigner ces processus de production toujours recommencés, se situe à cet égard aux antipodes des conceptions durkheimiennes en la matière.
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