2. Les faits sociaux comme choses
Du point de vue de son épistémologie, Durkheim postule que les « faits sociaux doivent être traités comme des choses ». Mieux encore, il affirmera qu'ils sont vraiment des choses, et doivent être débarrassés, dans leur traitement scientifique, de toutes les prénotions qui en encombrent la saisie rigoureuse par des sociologues épris de science positive.
Cette règle fondamentale a fait couler beaucoup d'encre. Comment les faits sociaux, qui se rapportent à des comportements humains et sont donc liés à des affects, à des émotions, à des passions, peuvent-ils être réduits au statut de choses, à l'instar des objets inanimés dont traitent les sciences de la nature ? Il faut comprendre ce qui s'apparente à une trans-substantiation comme une façon de faire prévaloir l'objectivité dans la recherche sociologique. Durkheim ne se prononce pas ici sur l'essence des faits sociaux, problème qui ne relève pas de la science. C'est en tant qu'unités de connaissance devant intervenir dans l'élaboration des sciences du social que les faits sociaux doivent être conçus comme des choses, et traités en conséquence. Le respect de cette règle permettra notamment aux ethnologues d'étudier de manière « objective » des comportements qui, envisagés de manière ordinaire, pourraient les choquer considérablement ou appeler de leur part divers investissements émotionnels.
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