Le terme extrême droite hante commentaires et analyses de l'actualité politique française depuis plus d'un quart de siècle. Il permet de rapprocher des événements aussi dissemblables que l'attentat d'Oklahoma City commis en 1995 aux États-Unis, l'entrée en 2000 dans le gouvernement autrichien du parti F.P.Ö. (Freiheitliche Partei Osterreichs) dirigé par Jörg Haider, ou encore les émeutes raciales de Burnley, Bradford et Oldham au Royaume-Uni en 2001. Son ambiguïté fondamentale est qu'il est généralement utilisé par les adversaires politiques de l'extrême droite comme une expression stigmatisante, sensée renvoyer toutes les formes du nationalisme populiste et xénophobe aux expériences historiques que furent le fascisme italien et le national-socialisme allemand. Dans la France contemporaine, il n'est pratiquement jamais assumé par ceux qui en relèvent, qui préfèrent se désigner, à l'instar du Front national, par les appellations de « mouvement national » ou de « droite nationale ».
Écrivant l'histoire de la IIIe République, un militant socialiste révolutionnaire comme Alexandre Zévaès ne l'applique ni aux partisans du comte de Chambord, ni aux boulangistes, ni même aux ligueurs et autres manifestants du 6 février 1934. Pour ce qui est de cette période troublée des années 1930, la gauche préfère alors qualifier la droite antiparlementaire de « fasciste » : Paul Rivet fonde le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes ; la S.F.I.O. et le Parti communiste mobilisent, le 12 février 1934, « contre le péril fasciste ». Ce n'est qu'après 1945 que le terme rentrera dans le langage courant, pour désigner les formations politiques nationalistes, autoritaires et xénophobes : le parti de Pierre Poujade ; le mouvement Jeune Nation, et, par extension, les partisans de l'Algérie française qui choisiront la voie de l'action violente, au sein de l'O.A.S. Il est ainsi utilisé pour décrire l'idéologie du Front national, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen en 1972.
Comme nous l […]
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