2. La science des événements dans les sociétés modernes
Avec le développement des sciences rationnelles, parallèle à l'urbanisation, à l'industrialisation et à la destruction des sociétés de folk, l'événement cesse d'être une « parole » de Dieu pour être lié soit à la liberté de l'homme, soit aux lois de la contingence. Cournot a souligné ce changement quand il a élaboré sa loi des trois états : vitalisme-histoire-rationalisme. Cela ne veut pas dire que les sociétés modernes ne laissent pas subsister des groupes sociaux qui continuent à faire appel à la divination (groupe féminin, groupe paysan, certains secteurs de la population des grandes villes), car les sciences rationnelles peuvent bien prévoir – de la météorologie à la « prospective » –, elles ne peuvent prédire que des événements collectifs, intéressant la masse ; elles laissent de côté le « privé ». On pourra bien prédire une crise économique (afin, ici encore, de la contrôler ou de la déjouer) et l'extension du chômage, mais on ne peut prévoir qui, de tel ou tel individu, sera chômeur. Ainsi la divination, en tant que connaissance du destin personnel, continue ; seulement elle se donne une image de plus en plus pseudo-scientifique, pour ne pas détonner par rapport au climat rationaliste de nos sociétés ; elle prend par exemple la forme de l'astrologie ou de la métapsychie.
On peut distinguer, dans nos sociétés modernes deux types de connaissance des événements : l'un tourné vers le passé, l'histoire ; l'autre tourné vers l'avenir, la prospective.
• L'histoire et les événements
Si l'histoire a été d'abord chronique des événements, elle a cessé de l'être. Et certes elle ne néglige pas ce qui n'est arrivé qu'une fois ; mais « le singulier cohabite avec le répété et le régulier », l'histoire ne peut donc se restreindre à décrire le pur particulier. Au-delà des événements, elle décrit des conjonctures, et même elle tente d'atteindre des structures, c'est-à-dire des permanences, souvent plus que séculaires (Braudel).
Cepe […]
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