Le plus grand poète de l'Italie contemporaine, devant même Ungaretti et Quasimodo, Eugenio Montale est en tout cas celui qui a le plus constamment influencé tous les poètes italiens apparus de 1925 à nos jours. Poète mais aussi traducteur, critique littéraire, musical et d'art, chroniqueur, conteur plein d'humour, journaliste professionnel, musicien averti, peintre original, nommé en 1967 par le président Saragat sénateur à vie en reconnaissance de ses mérites artistiques et littéraires, conseiller à la télévision, prix Nobel (1975), bref, personnalité culturelle de premier plan, Montale, l'Européen, illustre d'une façon exemplaire ce que peut être, de notre temps, l'itinéraire spirituel d'un homme cultivé et sensible. Par la densité de sa pensée et la rigueur de sa parole, sa poésie constitue l'une des plus hautes expressions contemporaines de l'engagement poétique.
1. La Ligurie : les « Os de seiche »
Né à Gênes en 1896, Eugenio Montale fait des études classiques enrichies par de vastes lectures. Il se destine au bel canto, mais la mort de son vieux maître de chant, puis la guerre interrompent ces débuts. Montale est officier d'infanterie (1917-1918). Rentré à Gênes, il s'adonne à la critique littéraire et fait découvrir au public italien Italo Svevo, le romancier de La Coscienza di Zeno (1925, La Conscience de Zeno). La même année paraît, chez l'éditeur antifasciste Piero Gobetti, Ossi di seppia (Os de seiche) : le premier recueil d'un homme qui déclare n'avoir pas, au début, été bien sûr de sa vocation poétique deviendra vite le bréviaire poétique et moral de toute une génération. À cela, deux raisons, littéraire et politique, qui n'en font qu'une : tordant le cou à la rhétorique, jusqu'alors florissante avec les chantres nationaux Carducci (1835-1907) et D'Annunzio (1863-1938), qu'encourage le fascisme en pleine ascension, Montale fait découvrir, sur un ton de confidence presque hermétique, tout en laconismes et en silences, la vérité du monde. Une tristesse empreinte de gra […]
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