4. Les dix dernières années, fécondes en poésie. Le prix Nobel
• Quatre derniers recueils
En revanche, depuis 1957 on croyait tarie la veine poétique de Montale. Mais la mort de sa femme, « Mosca » (1963), lui fait reprendre la plume en 1964, lui inspirant les Xenia (1966) et Altri Xenia (1967-1968) où, sur un ton d'émouvante confidence, sa poésie emprunte l'allure d'une conversation teintée d'humour discret pour évoquer des souvenirs : là plus encore qu'auparavant, l'homme apparaît inséparable du poète. Cette impression se confirme dans Satura (1962-1970), quatrième recueil, paru en 1971, en tête duquel trouvent désormais place les deux séries de Xenia, auxquelles s'ajoute tout ce que Montale s'est remis à composer à partir de 1968-1969. Un ton nouveau – quoique naguère latent – s'exprime, en accord avec la civilisation neuve d'une Italie industrialisée en pleine évolution sociale, en proie au consumismo, au terrorisme, aux transformations et aux secousses, suscitant aussitôt le consensus d'un vaste public. Abandonnant la poésie d'atmosphère, le lyrisme encore très littéraire bien que maîtrisé au prix d'un laconisme quasi hermétique, et le ton prophétique qu'on trouvait dans les trois premiers recueils, Montale, pour qui s'ouvre à présent une deuxième grande saison poétique, adopte une forme qui, selon ses propres dires, « tend vers la prose tout en la rejetant ». Désormais, dans ce « pot-pourri », alternent thèmes privés (sentiments et souvenirs, ressentiments, autoportraits ironiques) et publics (prises de position, allusives ou explicites, sur les problèmes de l'Italie et du monde, ou sur des questions philosophiques). L'occasion, l'anecdote, voire la polémique apparemment triomphent dans les multiples facettes d'un discours capricieux, brillant et laconique, familier et savant, limpide et difficile, où s'entrechoquent tous les lexiques. En réalité, à travers les paradoxes et les obsessions du temps, du destin individuel et de l'absurdité de l'histoire, l'auteur démythifie tous […]
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