L'histoire de l'art espagnol ignore la continuité. Son développement par ruptures doit être mis en relation avec le déterminisme géographique qui oppose la massivité continentale de la Meseta à la diversité des zones périphériques. Les Castilles paraissent faites pour unifier et pour commander. Les régions du pourtour ont toujours été attirées par les dissidences. Selon le rythme de l'histoire, l'Espagne s'est abandonnée à l'un ou l'autre de ces penchants, qui peuvent devenir des démons lorsque la volonté centralisatrice conduit à la dictature ou lorsque le besoin d'indépendance entraîne vers l'anarchie. Le danger est encore accru par la situation particulière de la péninsule Ibérique, à la rencontre de l'Europe et de l'Afrique. On peut dire que l'Espagne est « eurafricaine », comme la Russie est « eurasienne ». Plus largement encore, elle prolonge l'Occident et elle est déjà ouverte à l'Orient.
Cependant, l'art espagnol reflète aussi les contradictions qui sont propres à l'homme espagnol lui-même et à l'ambiguïté de ses relations avec le monde. Il se montre successivement, et parfois même simultanément, attiré par les nouveautés venues du dehors et obsédé par le besoin de maintenir sans mélange sa pureté, son intégrité. L'homme espagnol apporte à cette difficile recherche de soi des dimensions spirituelles et même eschatologiques, car il n'est pas un peuple qui ait ménagé dans son destin une aussi large part à Dieu. Peut-être est-ce là une des sources d'un développement cyclique de l'art espagnol, qui se superpose aux phénomènes de rupture. Fréquemment, des phases de dépouillement succèdent aux débridements de la passion de l'ornement, un peu comme le jour sort de la nuit et le pur de l'impur. Notre propos n'est donc pas d'étudier l'art espagnol comme l'illustration de l'essence de l'âme de ce peuple, mais de l'analyser dans son devenir historique.
1. La part de l'Orient
Jusqu'à l'époque romane, l'Europe occidentale a vécu dans la nostalgie de l'unité impériale perdue et avec l […]
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