Le compositeur américain d'origine autrichienne Erich Wolfgang Korngold a trop vite été relégué aux oubliettes de l'histoire de la musique. Après avoir connu une immense notoriété dans les premières décennies du xxe siècle, il sera longtemps considéré comme un compositeur de second ordre, en raison de son refus d'adhérer au sérialisme et au dodécaphonisme, du fait aussi qu'il consacrera une part de son talent à un genre longtemps dédaigné, la musique de film. Ce grand architecte de la forme et des sons a heureusement bénéficié d'un regain d'intérêt à partir du début des années 1990.
Sa grande originalité sur le plan musical réside dans la fusion de plusieurs des styles qui marquèrent la fin du xixe siècle et le début du xxe siècle : son postromantisme tardif est souvent doublé d'une polytonalité qui s'applique à l'écriture harmonique aussi bien que contrapuntique, ses contrepoints d'accords ou de lignes allant souvent de pair avec une polyrythmie. Mais, en choisissant la polytonalité, inséparable de l'harmonie et du contrepoint diatonique, Korngold s'est opposé à l'atonalité, aboutissement du chromatisme ; car la polytonalité ne supprime pas la tonalité : dans une certaine mesure, elle la souligne. Ainsi, dans le grand mouvement de remise en cause du langage musical conduit par Arnold Schönberg, cette démarche fut perçue comme une continuité de l'écriture tonale et les compositeurs qui l'adoptèrent comme des artistes « anachroniques ».
1. L'enfant prodige
Erich Wolfgang Korngold naît le 29 mai 1897 à Brünn, capitale de la province de Moravie au sein de l'Empire austro-hongrois (aujourd'hui Brno, en République tchèque). Son père, Julius Korngold (1860-1945), musicologue et critique musical influent du prestigieux quotidien viennois Neue freie Presse – où il avait succédé au redoutable Eduard Hanslick, pourfendeur de la musique de Wagner –, se charge lui-même de la plus grande partie de son éducation musicale, lui enseignant le solfège, l'harmonie et le piano dès son plus jeune âge ; enfant prodige, […]
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