Parmi les grands chefs d'orchestre qui ont assuré la transition entre le xixe et le xxe siècle, Arthur Nikisch est l'un des rares dont il soit encore possible d'apprécier les qualités car, à la veille de la Première Guerre mondiale, il a signé quelques enregistrements qui nous révèlent un musicien passionné, instinctif et méticuleux. La beauté du son était l'élément primordial de ses interprétations et il l'obtenait de façon irrationnelle, ne sachant souvent pas lui-même comment il y parvenait. Sa gestique est restée célèbre et elle devait certainement évoquer quelque chose de concret pour les instrumentistes qui jouaient sous sa baguette comme avec nul autre chef.
Arthur Nikisch naît le 12 octobre 1855 à Lébényi Szent Miklos, en Hongrie. Il fait ses études musicales au conservatoire de Vienne où il travaille le violon avec Hellmesberger, la composition avec Dessoff et le piano avec Schenner. Dès 1873, il fait partie de l'orchestre de la Cour où il joue sous les plus prestigieuses baguettes ; il participe également au concert inaugural du festival de Bayreuth en jouant la Neuvième Symphonie de Beethoven sous la direction de Wagner. En 1878, il débute comme chef des chœurs au théâtre de Leipzig où il nommé chef permanent un an plus tard. Il se montre le champion de toutes les musiques nouvelles, impose Wagner et Liszt, crée en 1884 la Septième Symphonie de Bruckner et donne leur chance à des compositeurs comme Goldmark, Götz, Goldschmidt ou Rubinstein en faisant jouer certains de leurs opéras que la postérité n'a pourtant pas retenus. Il dirige aussi les premières œuvres d'un tout jeune compositeur, Mahler, et laisse s'exprimer librement tous les courants nationalistes dont la musique de l'Europe centrale se fait l'écho. En 1889, il est appelé à la tête de l'orchestre symphonique de Boston et y reste jusqu'en 1893. De retour en Europe, il dirige pendant deux ans l'Opéra de Budapest puis, en 1895, il est nommé simultanément à la tête de l'orchestre du Gewandhaus de Leipzig et […]
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