2. Athènes et Jérusalem
Une deuxième période s'ouvre avec la publication de En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger (1949). Elle trouve son apogée en 1961 avec la publication de la thèse d'État, Totalité et Infini. Elle est aussi marquée par la rencontre avec Chouchani, maître talmudiste hors pair. Fort de son enseignement, Lévinas donnera annuellement, à partir de 1957, une leçon talmudique dans le cadre du colloque des intellectuels juifs de langue française. Son œuvre s'enrichit ainsi d'une série de commentaires talmudiques, qui entretiennent un rapport étroit et paradoxal avec ses travaux philosophiques. Autant on aurait tort d'estimer que sa philosophie n'est qu'un prolongement des lectures talmudiques – une sorte de glose philosophique d'une foi religieuse –, autant il ne faut pas sous-évaluer leur importance philosophique. L'étrange diptyque que constitue l'œuvre de Lévinas, unique en son genre dans la philosophie moderne, se laisse éclairer à travers sa thèse selon laquelle le rapport au livre, loin d'être extrinsèque à l'homme, définit un véritable mode d'être, plus intérieur que tous les états d'âme. C'est en ce sens que la Bible est essentielle à la pensée comme telle, dans la mesure où elle nous invite à énoncer des principes que la Grèce ignorait.
Si Lévinas n'a cessé de récuser l'appellation de « philosophe juif », c'est parce que, à ses yeux, la philosophie est une invention grecque, et que tout philosophe, qu'il le veuille ou non, est obligé de parler la langue des philosophes grecs. C'est précisément pour cela que cette langue doit s'ouvrir à d'autres pensées et d'autres interrogations que celles qui ont vu le jour sous le ciel de la Grèce.
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