Apparue il y a plus de cent cinquante ans, la notion d'économie sociale demeure paradoxalement largement méconnue, y compris par les économistes eux-mêmes. Cette méconnaissance s'explique à la fois parce qu'il s'agit de ce que l'historien André Gueslin nomme fort justement un « vocable à éclipse », et en outre parce que son contenu a sensiblement varié selon les auteurs et les époques. Au cours des années 1970, après une éclipse de plus d'un demi-siècle, le terme d'économie sociale est revenu sur le devant de la scène et fait désormais le plus communément référence à ce que l'on pourrait appeler le « secteur de l'économie sociale » ; on entend par là l'ensemble composé par différents types d'organisations économiques – les coopératives, mutuelles et associations –, présentant des caractéristiques communes que ne posséderaient ni les entreprises capitalistes, ni les administrations publiques. Auparavant, le terme d'économie sociale était surtout employé par des auteurs souhaitant marquer leur différence avec l'analyse économique dominante, de tendance classique ou néo-classique, qui s'intéressait essentiellement à la manière de produire le plus efficacement possible et à la meilleure répartition des richesses, mais délaissait les questions morales ou la résolution des problèmes sociaux provoqués par le « progrès économique ». Selon les auteurs, l'économie sociale consistait à introduire de l'éthique dans l'économie politique pour concilier justice et équité (Charles Gide), à intégrer les problèmes sociaux dans l'économie politique (Léon Walras), ou encore à combiner les apports de la sociologie, de la théorie économique et de l'histoire économique (Max Weber).
C'est au début du xxe siècle, lorsque Charles Gide rédige son rapport Économie sociale pour l'Exposition universelle de 1900 puis lorsqu'il publie ses Institutions du progrès social (1912), que l'économie sociale semble s'éloigner de sa signification initiale pour désigner non plus une discipline qui intégrerait […]
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