Premier long-métrage d'un wonder boy de vingt-cinq ans, Citizen Kane est un film atypique pour des raisons multiples. Bien que débutant dans le cinéma, Orson Welles (1915-1985) obtient de la RKO un contrat exceptionnel qui lui donne le contrôle du film, alors que, dans le système des studios d'Hollywood des années 1930, le pouvoir est exercé par les producteurs. Il a donc carte blanche et réalise un film hors norme, d'une narration complexe, avec de nombreux flash-backs, mais aussi un film politique et polémique inspiré de la biographie d'un magnat de la presse américaine, William Randolph Hearst, qui tentera d'entraver la sortie du film. Citizen Kane sort sur les écrans américains en 1941 au milieu d'une polémique. Les spectateurs français ne découvrent le film qu'en 1946 en raison de la guerre.
Quand il réalise ce premier film, le jeune Welles est célèbre comme acteur, homme de théâtre et homme de radio. Il a provoqué une panique nationale en octobre 1938 en adaptant pour la radio La Guerre des mondes d'H. G. Wells et en faisant croire au public que les Martiens venaient d'atterrir dans le New Jersey.
Citizen Kane va devenir rapidement un film mythique et déclencher de nombreuses vocations. Avant ce scénario, Welles avait choisi Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness, 1899) de Joseph Conrad. C'est cette nouvelle que Francis Ford Coppola adaptera sous le titre d'Apocalypse Now (1979), film dont les parentés avec Citizen Kane sont très nombreuses.
1. Vie et mort d'un magnat de la presse
Xanadu, un château baroque entouré d'un parc fantastique. Un vieillard meurt en laissant tomber une boule de verre et en prononçant un dernier mot étrange « Rosebud ». On enchaîne sur des actualités tonitruantes « News on the March » qui retracent la biographie mouvementée d'un politicien américain, grand patron de presse, Charles Foster Kane. À l'issue de la projection, le rédacteur en chef demande à un journaliste, Thompson, de rechercher le sens du dernier mot du défunt et d'enquêter s […]
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