En soixante ans d'activité, Chris Marker (de son vrai nom Christian Bouche-Villeneuve, né le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine, et non à Oulan-Bator, comme il l'a laissé croire par facétie), a laissé en des domaines variés (articles, traductions, livres, photographies, films, installations, CD-ROM) de quoi déborder le plus maniaque des archivistes. Là où il a acquis la notoriété, hors des sentiers battus de la fiction, il est ardu de le suivre à la trace. Car il a été tour à tour auteur complet, commentateur (son style étincelant lui a valu d'être sollicité par des cinéastes maîtres de l'image, mais en panne de commentaire), monteur, animateur de réalisations collectives, producteur, distributeur de films étrangers en délicatesse avec des gouvernements autoritaires.
En 1949, son premier et unique roman, Le Cœur net, reçut un accueil discret de la critique et du public. L'auteur n'était pourtant pas tout à fait un inconnu, au moins des lecteurs d'Esprit, qui publiait sous la même signature, depuis 1946, des chroniques insolites, impertinentes, d'un style incisif et d'un humour froid […]
