3. Entre Japon et Russie
Et vint le moment d'une remontée du cours de l'histoire. En 1982, « aux deux pôles de la survie », le Japon de la surindustrialisation et le Tiers Monde (en l'occurrence la Guinée-Bissau), il médite sur le prix payé par le Japon pour son développement et sur la faillite tragique des révolutions qui dévorent leurs enfants. Dans Sans soleil, film crépusculaire et désespéré, surgit, venu du futur de La Jetée, un de nos lointains descendants, un « tiers-mondiste du temps » (« L'idée que le malheur existe dans le passé de sa planète lui est aussi insupportable qu'à eux l'existence de la misère dans leur présent »). Ce visiteur compassionnel et impuissant ne garde de notre époque que le souvenir du cycle des mélodies de Moussorgski, intitulé Sans soleil, dont les paroles (non citées dans le film) révèlent une mélancolie mortelle, comme le Nostalghia (1983) de son ami Tarkovski.
Marker va devenir à son tour un voyageur du futur en revenant sur le passé de deux de ses amis, cinéastes russes que rien ne rapprochait, sinon la Russie profonde, celle de Moussorgski. Alexandre Medvedkine (Le Tombeau d'Alexandre, 1992) et Andrei Tarkovski (Une journée d'Andrei Arsenovitch, 2000) attestent de la résistance des forteresses individuelles intérieures au cœur d'une tragédie collective.
Le Japon, entre-temps, revient en scène avec un film déroutant et complexe, Level Five (1996). Une jeune femme, Laura (comme l'héroïne de Preminger), en quête de son passé sentimental, recherche sur la Toile les données qui lui permettront de terminer le jeu vidéo entrepris par son compagnon avant de mourir. De ce voyage virtuel au pays des ombres et des fantômes resurgit une tragédie oubliée des historiens, censurée par la mémoire collective : la bataille d'Okinawa, îlot perdu dans l'océan de l'histoire, où la Machine à tuer se montre en son perfectionnement ultime. Mais un jeu vidéo ne reconstruit pas l'histoire, dont les cicatrices sont indélébiles. Voyageur dans l'espace, puis dans le te […]
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