La notion de champ, utilisée en physique et en psychologie pour rendre compte de l’appartenance des éléments à une configuration globale, a revêtu une importance majeure dans la théorie sociologique de Pierre Bourdieu (1930-2002). Le champ, comparable à des termes comme système ou instance, est destiné, comme eux, à rendre compte d’un monde social différencié où existent des régions déterminées, qui ne peuvent être réduites aux structures globales de la société dont elles font partie. L’élaboration de cette notion doit beaucoup à la mise en œuvre d’un mode de pensée « relationnel » (Ernst Cassirer, Gaston Bachelard) ou structural (Claude Lévi-Strauss) sur une question abordée par plusieurs approches antérieures, marxistes et fonctionnalistes, s’efforçant de concilier la spécificité des parties de l’ensemble social avec leur dépendance.
1. Quelques propriétés du champ
Le champ se caractérise par son « autonomie relative ». Ses agents (prêtres, peintres, mathématiciens...) se définissent comme les individus qui, reconnus par leurs pairs, sont en mesure de se soustraire à des intérêts externes, d’apprécier la valeur d’enjeux internes, d’agir selon des normes, se distinguant de la sorte des profanes en vue de faire ce que, comme professionnels, ils sont les seuls capables de faire. Il existe donc des conditions plus ou moins formalisées pour entrer et exister dans un champ.
La délimitation de l’espace considéré est le produit historique d’un ensemble de débats, de luttes, de compromis à travers lesquels les agents sociaux font valoir une vision autonome (ou qui s’e fforce de l’être) de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont. Son existence et son fonctionnement ont un caractère foncièrement temporel : exister, c’est s’opposer à d’autres agents, nouveaux ou anciens. Le temps est introduit par la lutte dans un espace qui demeure toujours ouvert et différencié (par opposition notamment à un « corps » professionnel, cas limite fondé sur l’homogénéité d’i ndividus plus ou moins substituables et indisc […]
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