2. Les apports de la notion
Les vertus de cet instrument sociologique sont au moins de quatre ordres. En premier lieu, il permet de penser les relations réglées qui s’instaurent entre trois ensembles : celui des positions, celui des prises de position, celui des dispositions. Les notions de champ et d’habitus demandent à être étroitement combinées. En deuxième lieu, il permet de mettre en relation les oppositions immanentes à un champ avec les oppositions propres à un autre champ, ou plus globales (structure des classes sociales). En troisième lieu, il favorise l’analyse comparative en permettant de situer le cas considéré dans un espace de possibles, de se défaire de particularités « locales », de prolonger la description vers la mise en évidence de régularités et de facteurs explicatifs, bref, de satisfaire des exigences de généralisation. En quatrième lieu, le champ permet d’envisager de façon précise le problème du changement : rien n’oblige à postuler l’immobilité, mais la nouveauté n’est pas un surgissement ex nihilo. Il importe de prendre toujours en considération les invariants derrière ce qui varie. Le changement peut être pensé comme une transformation réglée qui, selon les cas, découle de luttes internes, de modifications de frontières, de bouleversements morphologiques (l’a fflux de candidats dans le champ de la peinture en France vers 1850, comme condition de rupture avec l’académisme).
Les analyses en termes de champ ont inspiré de nombreux travaux, en dehors de ceux de Bourdieu. Une théorie générale des champs (que Bourdieu avait en projet) pourrait avoir pour tâche d’élucider, entre autres, la grande diversité des usages, depuis des versions fortes (le champ scientifique) jusqu’à des versions faibles où le champ tend à être envisagé surtout comme un espace de positions différenciées.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



