Il est difficile d'imaginer personnage plus divers et, en apparence, contradictoire que celui de Catherine II. Romanesque autant que réaliste, exemple de « desposte éclairé » pour les uns, de tyran pour les autres, cette souveraine sut allier mieux que personne grandeur et petitesse. Tenue par ses contemporains pour « l'une des meilleures têtes d'Europe » (Diderot), elle se consacra passionnément, comme elle disait, à son « métier » d'impératrice et méritera d'être appelée, en dépit de tout, « la sentinelle qu'on ne relève jamais ». De fait, peu de monarques travaillèrent davantage à la grandeur de leur pays que cette princesse, étrangère – par le sang et la culture – à sa patrie d'adoption.
1. La marche au pouvoir
• Le mariage de la petite princesse allemande
Rien ne semblait prédestiner la princesse Sophie Augusta Frédérique d'Anhalt-Zerbst, née à Stettin le 2 mai 1729, au trône impérial de Russie. Fille du prince Chrétien-Auguste et de Jeanne de Holstein-Gottorp (autre petite principauté prussienne), dont elle paraît avoir hérité l'intelligence et la vitalité, la future Catherine II n'avait connu à Stettin, dont son père était gouverneur, qu'une enfance monotone et effacée. Divers précepteurs huguenots, une gouvernante également française, quelques voyages à Berlin, à Hambourg ou chez son grand-oncle de Brunswick : à cela se résumait son éducation de petite princesse allemande, que tout paraissait vouer à la même besogneuse obscurité que ses ancêtres.
C'était compter sans la fille de Pierre le Grand, Élisabeth, qui, à peine sur le trône, venait de rappeler en Russie (1742) le grand-duc Pierre, un orphelin de quatorze ans, son neveu, fils du duc de Holstein et de sa sœur Anne. Désireuse de marier ce dernier descendant de Pierre le Grand, à qui elle destinait sa succession, l'impératrice Élisabeth fixait bientôt son choix sur sa lointaine parente, Sophie Augusta, qui, dès janvier 1744, arrivait dans sa patrie d'adoption qu'elle ne devait plus jamais quitter.
Aussitôt convert […]
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