4. Les succès extérieurs
Nul ne devait en effet se montrer plus soucieux de la grandeur et de la gloire de sa patrie que cette souveraine étrangère et usurpatrice, à qui les augures ne prédisaient en 1762 qu'un règne éphémère. Sans se laisser longtemps abuser par les conseils de son chancelier Panine, rêvant d'une chimérique « confédération du Nord » liguée contre les puissances papistes et méridionales (Autriche, France, Espagne), Catherine s'était très tôt posée en continuatrice de Pierre le Grand, attentive aux seuls intérêts et à l'agrandissement de la Russie. Tout comme sous le vainqueur de Charles XII et de Moustapha, la poussée russe devait s'exercer dans une double direction : à l'ouest, en direction de la Pologne et des anciennes provinces lituaniennes ; au sud, vers la Crimée et le littoral de la mer Noire.
• Le premier partage de la Pologne
Mettant à profit dès 1764 la faiblesse et les dissensions de la Pologne, Catherine lui imposait, d'accord avec Frédéric, Poniatowski pour roi et un semi-protectorat. Ce renforcement de la Russie ne pouvait laisser les Turcs indifférents. À l'instigation de la France et des patriotes polonais, craignant pour leur indépendance, la Porte – alarmée de son côté par les ambitions de Catherine – déclarait peu après la guerre à la Russie (déc. 1768). Après diverses péripéties, les opérations ne prennent un tour décisif qu'en 1770, quand les Turcs sont défaits à Jassy et à Fokchany (Moldavie), tandis que leur flotte est détruite au large de Chios, à Tchesmé (26 juin), par une escadre russe, arrivée de Baltique sous les ordres d'Alexis Orlov. À un demi-siècle de distance, Catherine renouvelait l'exploit de Pierre le Grand, anéantissant la flotte suédoise à Hangö, et confirmait ainsi la double vocation, maritime et méditerranéenne, de l'Empire russe.
Victoires préoccupantes pour les puissances européennes : craignant, tout comme l'Autriche, un renforcement unilatéral de la Russie dans les Balkans, Frédéric II pousse Catherine à chercher des compensations, non en Turquie, mais en […]
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