3. Les grandes réformes
• La révolte de Pougatchev
Tâche épineuse : un instant retombée dans l'attente de réformes, la fermentation rurale n'avait pas tardé à s'amplifier depuis la dispersion de la commission, dont les paysans avaient escompté, contre toute vraisemblance, leur affranchissement. « Si nous ne nous résolvons pas à atténuer la cruauté de leur sort et à rendre leur situation moins intolérable, les serfs ne manqueront pas, tôt ou tard, de se révolter contre notre volonté », écrivait Catherine vers 1767. Les événements ne devaient pas tarder à lui donner raison : à la faveur de la guerre russo-turque, qui retenait aux frontières les troupes impériales, la révolte (sept. 1773-sept. 1774) d'un cosaque illettré, mais aussi décidé que brave, Emelian Pougatchev, menaçait bientôt son trône plus sûrement que ne l'avaient fait les complots avortés des premières années de son règne. Née dans les confins de l'Oural, refuge d'irréguliers, de schismatiques et de fugitifs de toute espèce, la révolte avait rapidement fait tache d'huile et contaminé tout le bassin de la Volga. Aussitôt rallié par des nomades bachkirs ou tatars mal soumis, Pougatchev s'était bientôt vu rejoint par une nuée de serfs et de paysans en fuite, dont la participation donnait dès lors à sa révolte le caractère d'une véritable guerre paysanne. Un moment, la prise de Kazan (juill. 1774) parut même annoncer le siège de Moscou ; mais Pougatchev, qui se faisait passer pour Pierre III miraculeusement réchappé de la mort, et promettait aux campagnes terres et liberté, mal conseillé, se replia, talonné de près par les troupes que Catherine II avait en toute hâte rappelées du front turc. Trahi par ses fidèles, « monsieur le marquis de Pougatchev », comme l'appelait – non sans crânerie – l'impératrice, est capturé (sept. 1774) et supplicié à Moscou en janvier de l'année suivante. C'est alors le début d'une méthodique répression qui dépasse encore en horreur les atrocités de la révolte.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 8 pages…



