3. La cantate sacrée
La cantate, au xviiie siècle, connaît, dans le champ de la musique sacrée, un avatar important : il s'agit de la cantate d'église du culte luthérien, celle-là même qu'illustrera avec tant de bonheur J.-S. Bach. On connaît la part prépondérante que tient, dans la liturgie luthérienne, l'assemblée des fidèles. Ces derniers ont à chanter ensemble des morceaux destinés à la méditation commune, les chorals. C'est donc autour de ces chorals que va s'articuler la cantate d'église au xviiie siècle. Considérée comme une simple prédication en musique, la cantate s'écarte de l'oratorio dans la mesure où elle refuse tout élément véritablement dramatique ou épique. L'anecdote est absente de la cantate. Les solistes eux-mêmes ne sont que des représentants de l'assemblée des fidèles. Sans doute est-ce Bach qui en a donné les plus prestigieux exemples. Mais la voie avait été tracée avant lui par des compositeurs comme Pachelbel ou Buxtehude, dont il s'est profondément inspiré. Chez Bach lui-même, les cantates de la jeunesse se distinguent de celles de l'âge mûr ; dans les premières cantates, les textes sont tirés directement des saintes Écritures, alors que ce sont des poètes d'inspiration mystique – Salomo Franck, par exemple – qui lui fournissent, dans les cantates de la maturité, ce que l'on peut bien appeler des livrets ; l'influence de l'opéra italien sera d'ailleurs très sensible dans ces dernières, ne serait-ce que dans la forme même des airs. À la même époque, Haendel compose ses anthems, qui, dans le cadre de l'Église anglicane, correspondent exactement aux cantates luthériennes. Après la fin du xviiie siècle, la cantate, au sens où l'entend Bach, perd toute faveur auprès des fidèles. On ne la retrouvera que bien plus tard, et au concert.
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