5. La « cantate de Rome »
Néanmoins, il est un genre de cantate qui, entre 1803 et 1968, a conservé le même contenu. Il s'agit de l'œuvre pour trois solistes et orchestre qui servait de travail imposé aux concurrents du concours de Rome de composition musicale. On connaît le déroulement de ce concours ; il menait à ce « premier grand prix de Rome » qui, en France, constituait la plus haute récompense à laquelle pouvait prétendre un musicien : une première épreuve, qui durait six jours, obligeait les candidats à écrire (sans l'aide d'un piano) une fugue d'école et un chœur avec orchestre sur des paroles imposées ; après ce premier « galop », six candidats étaient retenus par le jury (la section musicale de l'Académie des beaux-arts et trois jurés adjoints) ; ces six candidats étaient à nouveau enfermés, mais pour cinq semaines cette fois, aux prises avec un livret, conçu pour trois personnages, dont ils devaient faire un ouvrage lyrique d'environ vingt-cinq minutes, pour trois chanteurs et orchestre. On a bien décrié cette malheureuse cantate. Il est vrai, trop vrai, qu'elle était souvent écrite en vers de mirliton, et que la vérité dramatique n'y apparaissait que bien faiblement. Il n'en reste pas moins qu'elle permettait aux candidats doués de faire la preuve de leur talent, sinon de leur génie. Des interludes orchestraux, des airs, des ensembles donnaient au jury le loisir d'apprécier facilement les qualités des candidats. Pendant les dernières années de l'existence du concours, la cantate fut remplacée par un poème lyrique, d'une forme beaucoup plus lâche, qui, à notre sens, était beaucoup moins probant que la bonne vieille cantate.
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