Fils d'un lieutenant général au bailliage de Guise, Camille Desmoulins entre comme boursier à Louis-le-Grand et est condisciple de Robespierre. Avocat à Paris, il est élu aux États généraux. Il se lance dans la politique. Un moment, on le compte comme l'un de ceux qui soutiennent Mirabeau ; il devient, malgré son bégaiement, un des orateurs les plus écoutés des jardins du Palais-Royal où il prononce, le 13 juillet 1789, une harangue passée à la postérité. À la fin de novembre 1789, il fait paraître le journal Les Révolutions de France et de Brabant, qui connaîtra quatre-vingt-six numéros, où il ne cesse de dénoncer le complot aristocratique. Brillant opposant au suffrage censitaire, il fait remarquer, au cours des discussions, qu'une telle loi électorale exclurait Rousseau et Jésus-Christ de l'éligibilité. S'il ne participe pas à la manifestation du Champ-de-Mars (17 juill. 1791), il doit cependant suspendre la publication de son journal. Partisan de la paix, comme Robespierre, en 1792, il change de camp et pétitionne en faveur de la guerre avec Danton et Marat à la section du Théâtre-Français. Après le 10-Août, il devient secrétaire général du ministère de la Justice, occupé par Danton, et il déclare qu'aux massacres de Septembre « tout s'est passé avec ordre ». Élu à la Convention, il siège dans les rangs de la Montagne où il ne joue qu'un rôle effacé, peut-être parce qu'on ne voit en lui qu'un « léger républicain à calembours et à bons mots, diseur de gaudrioles de cimetière ». Selon l'avis de Robespierre, c'est un enfant gâté. Barère affirme pour sa part : « Il avait beaucoup d'esprit et trop d'imagination pour avoir du bon sens. » Desmoulins s'oppose violemment à Brissot pour qui il était « vendu à tout le monde [...] acheté de personne » et contre qui il publie deux brochures, Brissot dévoilé et Histoire des brissotins, où il dénonce son absence de probité et lui rappelle qu'il fut l'homme de La Fayette. Profondément ébranlé par la condamnation des Girondins le 30 octobre 1793, il lance Le Vieux Cordelier le 5 décembre, où il attaque d'abord les « exagérés à moustaches » (les hébertistes), puis, avec un grand courage, il fait de vibrants appels à la clémence : « L'indignation imposa l'éloquence à l'intrépide et grivoise ironie du tribun », comme l'écrit Chateaubriand. Arrêté le soir du 31 mars 1794, jugé en même temps et dans les mêmes conditions que les dantonistes, il est exécuté le 5 avril.
Roger DUFRAISSE
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