Depuis la formation de la nation hongroise, la musique a été une composante essentielle de sa civilisation. Que ce soit à cause de son contexte géographique ou de sa force assimilatrice, cette civilisation a su s'affirmer, à travers les vicissitudes de l'histoire, par sa tendance permanente à la synthèse. Durant un siècle et demi d'occupation turque, le pays fut divisé en trois parties et, une fois libéré des Turcs, il subit la domination autrichienne pendant une période aussi longue et sans avoir pu récupérer les territoires récemment libérés. Le Banat – partie méridionale de l'Alföld, la grande plaine du Danube –, libéré seulement en 1718, ne sera rattaché à la mère patrie que soixante ans plus tard. Des colonies étrangères, en majorité germanophones, furent installées au cours du xviiie siècle parmi la population hongroise décimée dans les guerres turques. Vers la fin de ce siècle commence, sous l'effet des idées nouvelles venues de France, une lente transformation de la société hongroise, évolution freinée, parfois brutalement, par Vienne. Le pays a cependant gardé son caractère agricole jusqu'au lendemain de la Première Guerre mondiale. Les conditions historiques n'ayant pas rendu possible la formation d'une classe moyenne unie et forte, la paysannerie, formant la grande majorité de la population et seule gardienne des vestiges d'une civilisation commune à toutes les couches, s'est trouvée de plus en plus isolée des classes supérieures.
Cette situation paradoxale n'a pas empêché les Hongrois de donner des musiciens éminents aux pays occidentaux dès le xvie siècle, alors que, chez eux, la pratique de la musique savante était réservée à des milieux restreints. À la fin du xviiie siècle apparaît une « manière », d'audience quasi nationale, le verbunkos, issu des danses de recrutement amalgamées à des éléments orientaux et viennois, manière qui eut un rayonnement international assez important à travers le style hongrois des compositeurs du xixe siècle (Franz Liszt, Ferenc Erkel, Stephe […]
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