« En tant que compositeur, Kodály se situe parmi les meilleurs de notre temps [...] son art et le mien, bien qu'ils soient issus de la même source, sont fondamentalement différents [...]. Mais cette différence [...] traduit une pensée musicale totalement nouvelle et originale [...]. Si je lui porte une si haute estime, ce n'est pas parce qu'il est mon ami, mais à l'inverse il est devenu mon ami parce qu'il est le meilleur des musiciens hongrois. Le fait que cette amitié ait été plus profitable pour moi que pour Kodály ne prouve, une fois de plus, que ses qualités humaines et son désintéressement... » Voilà ce qu'écrivait Béla Bartók en 1921, au moment même où Kodály avait quelques démêlés avec les autorités de la Hongrie contre-révolutionnaire.
L'amitié de ces deux hommes est à la source du grand épanouissement de la musique hongroise du xxe siècle. Le souci de retrouver les bases solides d'un « style national », que la musique hongroise avait déjà connu d'une certaine façon au xixe siècle, les avait réunis en 1905, alors que ces bases étaient en voie de disparition. Au cours de leurs recherches, les deux maîtres ont découvert les traditions orales de la classe paysanne hongroise et n'ont pas tardé à en tirer toute la richesse artistique, scientifique et didactique, chacun à sa manière.
Au début du xxe siècle, les seules bases réelles et intégrales du langage musical hongrois se trouvaient enfouies dans le folklore. « Pour former une nation, il faut d'abord redevenir peuple », affirmera Kodály plus tard dans son ouvrage sur la musique populaire hongroise. Il ne s'agissait pas pour Kodály, ni pour Bartók, d'un « folklorisme » (terme souvent péjoratif dans le vocabulaire des théoriciens occidentaux) aprioriste et unilatéral, mais de l'intégration de la musique hongroise, avec tous ses caractères spécifiques, dans la culture européenne, comme une composante à part égale. Pour cela, il fallait mettre en relief son héritage historique, mais aussi l'« habiller » et l'intég […]
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