Parmi les dirigeants et théoriciens de la IIIe Internationale, Antonio Gramsci occupe une place originale. Ses profondes divergences avec le communisme soviétique dès 1926 le situent en marge de l'état-major et des idéologues officiels du mouvement communiste de l'entre-deux-guerres. Mais, pour autant, il ne peut pas être assimilé aux « communistes critiques » (Korsch, Lukaćs) qui rompent définitivement avec l'Internationale communiste ou seront désavoués par elle. Marxiste à part, Gramsci continue à être considéré comme un grand léniniste par les uns, comme un « révisionniste » par d'autres, tandis que personne ne se hasarde sérieusement à évaluer ses positions ultimes. Cette ambiguïté est renforcée par les profondes ruptures politiques qui caractérisent son action et ses analyses – alimentant un débat permanent sur l'unité de sa réflexion et sur son orthodoxie marxiste, d'une période à l'autre. De surcroît, les conditions dans lesquelles son œuvre a été « découverte » dans le second après-guerre n'ont pas peu contribué à l'élaboration d'un véritable mythe politique et intellectuel : la publication – tronquée – par Palmiro Togliatti des Écrits de prison< […]
