2. Du léninisme à l'antifascisme
Au lendemain de la controverse avec Tasca sur les rapports entre conseils et syndicats, Gramsci se retrouve isolé au sein du socialisme turinois. La majorité de l'aile révolutionnaire soutient les positions intransigeantes du courant « abstentionniste » (hostile à la participation aux élections) d'Amedeo Bordiga, et sa principale minorité (Togliatti, Tasca), une position « électionniste ». Gramsci refuse ce choix au nom de la priorité de l'action de masse, mais personne ne le suit. Il retrouve une position prédominante à l'occasion des grandes grèves accompagnées d'occupations d'usines qui se déroulent en septembre et octobre 1920, dans lesquelles les conseils turinois sont en flèche en tentant d'autogérer les établissements et où les ordinovistes sont les seuls à tirer toutes les conclusions d'une situation que Gramsci avait définie ainsi dès avril 1920 : « La phase actuelle de la lutte de classe en Italie est celle qui précède, soit la conquête du pouvoir politique par le prolétariat révolutionnaire, soit une terrible réaction de la part de la classe propriétaire et de la caste au pouvoir. » Mais le P.S.I. et la C.G.I.L., tiraillés entre les partisans du compromis avec le patronat et les tenants d'un révolutionnarisme purement verbal, renoncent à l'affrontement. Désormais Gramsci estime que la lutte prioritaire se déroule dans le parti. Dès mai 1920, il est le principal rédacteur d'une motion ordinoviste, Pour une rénovation du parti socialiste, qui sera explicitement approuvée par Lénine au IIe congrès de l'Internationale communiste, malgré les protestations de Serrati et de Bordiga.
Ce succès est sans lendemain, du fait qu'il n'y a pas d'ordinovistes hors de Turin. Ceux-ci assistent passivement au débat Serrati-Bordiga et sont minoritaires au sein de la fraction communiste qui fait scission au congrès de Livourne en janvier 1921.
Au sein du P.C. italien contrôlé par les abstentionnistes, Gramsci joue un rôle secondaire ; il est pourtant le seul […]
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