4. Situation présente et à venir
L'anticléricalisme, on l'a vu, est essentiellement une réaction de défense contre la prétention des clercs à régenter la société civile. Cette réaction s'est amplifiée avec la Contre-Réforme et l'ultramontanisme. Si la cause disparaissait, qu'adviendrait-il de l'effet ? En d'autres termes, si le catholicisme renonçait à toute prétention à la domination des esprits, l'anticléricalisme ne serait-il pas condamné à dépérir ? Or l'Église assemblée en concile a solennellement répudié en 1965 le cléricalisme comme contraire à son esprit : la Déclaration sur la liberté religieuse peut d'une certaine manière être tenue pour une victoire indirecte de l'anticléricalisme. Son objectif atteint, ne devrait-il pas s'effacer ? Au reste, le déclin qui semble définir sa situation présente n'annonce-t-il pas sa disparition proche ?
Pareille éventualité, si elle a la logique pour elle, n'est pas pour autant assurée de s'accomplir. D'abord le déclin présent ne signifie rien : l'histoire de l'anticléricalisme est tout entière faite de ces déclins que suivent de brusques réveils. D'autre part, la doctrine conciliaire sur la liberté religieuse n'est pas encore partout passée dans les faits : l'anticléricalisme garde des raisons de rester mobilisé. Surtout, il convient de se souvenir que la notion de cléricalisme n'est pas totalement objectivable. À côté de critères positifs, aisément vérifiables, elle inclut une part de subjectivité. Enfin, l'anticléricalisme comporte un élément irréductible et qui est une défiance, peut-être une aversion insurmontable pour toute Église. Si peu clérical que le fait religieux puisse devenir, il gardera toujours de quoi irriter, inquiéter ou susciter l'anticléricalisme. Il y a donc lieu de considérer que l'anticléricalisme constitue un facteur durable du champ des idéologies.
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