3. À la recherche d'une « religion de l'humanité »
La dernière période est celle d'une lente reconstruction. Les fondations en restent stables, si la perspective apparaît différente. Loisy cherchait auparavant, de l'intérieur de l'Église, une présentation acceptable pour elle ; il devait formuler sa philosophie religieuse dans un langage « chrétien ». Estimant désormais que l'Église de son temps fait défaut à sa mission historique, il s'adresse à l'humanité, convaincu qu'elle a un besoin plus urgent que jamais d'une religion, mais affranchie des confessions existantes, des constructions dogmatiques comme des impérialismes cléricaux. D'où un intérêt marqué pour la dimension politique (au sens le plus large) des problèmes, qui, sans être entièrement nouveau dans ses préoccupations, apparaît pour la première fois dans ses œuvres. Parce qu'il s'est toujours montré allergique à un certain jargon philosophique, parce qu'il croit, d'autre part, que l'essentiel du fait religieux est dans sa réalité vécue et que la religion a pour mission d'aider les humbles à mieux vivre et l'humanité à surmonter ses crises, il emploie volontiers un vocabulaire moralisant qui a pu prêter à contresens. Cette « religion de l'humanité » qu'il préconisait ne voulait pas diviniser le genre humain, mais l'inviter à découvrir une religion « qui serait capable de rassembler tous les hommes dans un commun idéal et une commune adoration ».
Incurablement sceptique à l'égard des spéculations métaphysiques comme des prétentions du rationalisme à épuiser le mystère de l'univers et de la destinée, il continue d'affirmer que le même principe spirituel engendre le sentiment religieux, la morale, le sens de la solidarité humaine, qu'il est « le support de tous les arts, la source de l'inspiration poétique et de toutes les activités esthétiques ». Mais s'il faut choisir l'aspect vraiment originel, Loisy n'hésite pas à privilégier le mysticisme, dont l'essence se ramène au sacrifice de soi, « l'acte religieux par […]
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