Deux traits caractérisent l'image habituellement reçue d'Alfred Loisy : une spécialisation professionnelle – c'était un exégète, aux positions singulièrement critiques ; un rôle historique, circonscrit et conjoncturel – protagoniste de la crise moderniste, il semble rentrer dans l'obscurité après l'encyclique Pascendi et son excommunication nominative. Ces aspects ne sont pas accessoires, le second surtout, mais ils ne suffisent pas à rendre compte d'une personnalité complexe et d'une œuvre importante.
On s'attachera ici à dégager ce qui paraît le plus fondamental : Loisy a voulu proposer une philosophie religieuse, ou, si l'on préfère, une lecture religieuse de l'histoire, dont les thèmes, largement ébauchés pendant la période où il appartenait à l'Église, se sont précisés et, en quelque sorte, décantés au cours de la trentaine d'années (1908-1940) de travail solitaire, phase sans doute la plus féconde de sa longue et laborieuse existence.
1. Loisy dans l'Église : la première synthèse
Petit paysan champenois (il est né à Ambrières), trop chétif pour les travaux de la terre, intelligent et pieux, Alfred Loisy s'oriente assez naturellement vers une carrière ecclésiastique. Au sortir du grand séminaire, il est envoyé par son évêque à l'Institut catholique de Paris, qui vient d'être fondé en 1876, pour y préparer une licence de théologie. Il s'était déjà initié à l'hébreu, avec assez de succès pour qu'on lui donnât presque aussitôt la charge de répétiteur de ses condisciples. À l'enseignement des langues orientales il ajoute bientôt celui de l'Écriture sainte et de l'exégèse. Ses premières publications, le ton de ses cours suscitent des méfiances vigilantes. À l'issue d'une série de conflits, il est contraint de démissionner (1893).
L'archevêque de Paris lui assigne alors une fonction obscure : l'aumônerie d'un pensionnat à Neuilly. En fait, libéré des exigences d'un enseignement très spécialisé, préparant ses catéchismes et ses instructions avec ce sérieux qu'il apportait à … ]
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