Né à Budapest en 1906, dans une famille de commerçants juifs, Alexandre Trauner se destinait à la peinture et s'était déjà acquis une solide réputation dans les milieux artistiques hongrois quand il dut fuir le régime fasciste de Horthy. La rencontre, à Paris, du décorateur de cinéma Lazare Meerson, puis des frères Prévert, est alors décisive : elle l'oriente vers le monde du cinéma, qu'il ne quittera plus. Six années d'apprentissage auprès du maître décorateur des films de René Clair, qui lui enseigne le sens de la stylisation, des volumes et du rapport à l'espace, et c'est – après un galop d'essai pour Marc Allégret, Sans famille, en 1935 – la consécration grâce au tandem Carné-Prévert : « La grande période de ma vie, dira-t-il, celle pour laquelle j'ai le plus d'affection et de nostalgie ». Le Londres d'imagerie populaire de Drôle de drame (1937), les pavés luisants du Quai des brumes (1938), le mythique Hôtel du Nord (id.), la mince et haute façade du Jour se lève (1939), le Moyen Âge lumineux des Visiteurs du soir (1942, film dont il crée aussi les costumes dans la clandestinité, en pleine occupation allemande), le boulevard du Crime des Enfants du paradis et ses tréteaux avoisinants (1945), le métro Barbès des Portes de la nuit (1946), autant de hauts lieux du « réalisme poétique » qui portent sa griffe. De cette glorieuse époque datent aussi l'insolite complexe hôtelier de Lumière d'été de Jean Grémillon (1943), et le caravansérail en folie de Voyage surprise de Pierre Prévert (1946), deux films caractéristiques d'un style à la fois fleuri et rigoureux.
L'après-guerre entraîne Trauner dans le sillage d'Orson Welles, pour l'aventure d'Othello (1952) : c'est à lui qu'on doit l'idée du bain turc, édifié avec les moyens du bord dans une poissonnerie marocaine, pour pallier une subite pénurie de costumes ! On le réclame à Hollywood : il travaille avec Howard Hawks (La Terre des pharaons, 1955), Stanley Donen (Chérie, recommençons, 1960), Anatol Litvak (La Nuit des généraux, 1967), John Huston (L'Homme qui voulut être ro […]
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